De la drague quantique

Ou comment être un pleutre avec une caution pseudo-scientifique.

Avant toute chose: la suite de cette page contient des vrais morceaux de texte à caractère misogyne. Ou au moins en apparence. Si vous êtes choqué(e) par cela, vous pouvez aller vous pendre, sinon vous me connaissez assez pour savoir que je ne suis pas sérieux.

Le contexte

Pour les besoins de l'exercice, nous allons nous placer dans l'hypothèse où vous êtes un mâle cherchant à draguer une femelle. L'appellation est faite dans un but purement scientifique, ce n'est pas dépréciatif comme ça l'est en général, et puis ça me permet de ne pas avoir à distinguer selon les âges respectifs des protagonistes et adapter le langage en conséquence (fille, femme, vieille carne, ...).

D'autre part la situation hétérosexuelle dans laquelle je me place est simplement le reflet de mon cas personnel, pas de parano mal placée merci.

Rappels théoriques

Je ne sais pas quelles bases vous avez, donc je vais essayer de partir du début en amenant tout ce qui est nécessaire à la théorie.

Au départ, dans la mécanique classique, tout est bêtement déterminé. Pas de place pour la folie, si je tape sur un gros mec balèze je me fais arracher la tête. Tout s'enchaine dans un ordre assez relaxant à contempler (essayez en buvant du thé). Les questions de la vie reçoivent une réponse simple, par exemple:

Un modèle fort sympathique qui fonctionne bien, mais dont on aperçoit vite les limites. Le comportement féminin, un exemple tiré au hasard, ne se plie pas à ce modèle (vous qui me lisez vous savez de quoi je parle, sinon vous avez de la chance).

Heureusement, le quantique est arrivé. Avec lui la superposition d'états, et le début des emmerdes. Imaginez un instant que:

Imaginez une particule quantique (c'est juste une espèce de bidule). Elle peut être dans plein d'états à la fois. Genre, pointer vers le haut et vers la gauche en même temps. Essayez pour voir, c'est vachement dur de le faire soi-même.

Parlons un petit peu du chat de Schrödinger (évoqué encore récemment (été 2003) sur f.m.b.l., le newsgroup qui rox sarass).

On enferme un chat dans une boîte. Avec le chat on ajoute dans la boîte un dispositif pour le crever, contenant une particuler quantique. Si la particule est dans un certain état, un poison se répand dans la boîte tuant le chat. Sinon pas de prob, le chat vit.

Bon, je vous vois venir, les chats à moitié vivant ça se peut pas. En fait le chat est soit mort, soit vivant, mais vous ne le savez pas. C'est en ouvrant la boîte que vous aurez la surprise. Les particules quantiques c'est comme ça, quand on se cache les yeux on sait pas trop ce qu'elles font, elles peuvent tout, et puis quand on regarde de près, paf!, ça la force à se décider. Un ami consultant physicien m'indique que ça serait le bon moment de parler de décohérence à ce stade, mais achetez vous plutôt un bouquin de physique.

C'est un peu comme les surprises Kinder©(tm). Tant qu'on n'a pas ouvert on ne sait pas si c'est pourri, et quand on a ouvert on est content d'avoir au moins le chocolat.

Mais suffisamment de théorie.

Comment faire la différence entre les deux?

Attention: je ne voudrais pas laisser entendre que le monde est parfois classique, parfois quantique. En réalité, il est complètement bordélique, mais parfois ça aide de repérer quand tout se passe de façon classique, ça demande moins de ressources neuronales et il faut bien penser à nos amies lectrices.

Il existe plusieurs tests empiriques pour déterminer l'état de la matrice (coucou Speedy) dans laquelle vous vous trouvez en ce moment. J'ai décidé de parler, tout à fait par hasard, du test dit de la pizzéria.

Si, lorsque la serveuse arrive et vous demande « Vous avez choisi? » vous répondez fièrement « pizza reine », comme vous l'avez choisi depuis avant d'entrer dans la pizzéria, vous êtes une brave incarnation de la physique classique.

Si au contraire, vous n'arrivez pas à vous décider tout de suite, demandez un peu de délai, et qu'au deuxième passage vous parcourez affolé la carte, répondez en l'espace d'un quart de seconde la pizza qui se trouvait sous vos yeux à ce moment là, alors vous êtes une incarnation de la physique bordélique. Techniquement, on dit que vous êtes un chieur.

Attention, en présence d'une femme, votre environnement peut perdre son contour familier et vous laisser perplexe devant une apparente incohérence totale, une perte de logique complète. Ce phénomène est normal. Si vous vous trouvez dans un milieu à forte concentration féminine (300000 ppm environ), seule une carapace de cynisme et la répétition fervente (mais intérieure!) de quelques mantras vous permettra de passer l'épreuve. Techniquement, on dit que vous avez débusqué un groupe de chieuses. Au delà de 500000 ppm, on parle de meute, à partir de 700000 ppm c'est le troupeau. À partir de 900000 ppm on dit que vous êtes une femme. (ppm = parties par millions, pour les moins doués d'entre vous).

Application

Ne perdons pas le fil de ce brillant exposé. Je vous avais promis du sexe, vous en aurez.

Après tout, il s'agit de drague.

Vous, le prédateur, êtes attiré pour une raison ou une autre par la proie. Dans le cadre de la drague quantique, le prédateur doit présenter à sa proie une superposition d'états concernant ses sentiments. Idéalement, la superposition sera mollement centré sur un état relativement neutre, pas la peine de présenter de la haine à votre proie, ceux qui vous ont dit que « l'amour est proche de la haine » vous ont MENTI.

Pas d'excès inverse non plus: la proie ne doit à aucun moment pouvoir déterminer de façon certaine que vous la visez. Rappellez vous, le chat est peut-être vivant, peut-être crevé.

Les moments forts de la DQ.

L'approche

C'est une étape délicate. Il faut ferrer la proie sans se faire découvrir. Essayer les approches traditionnelles, mais si possible toujours avec un accompagnement extérieur (ses copains, vos copains). Intéressez vous à ce qu'elle peut bien vous raconter comme conneries, de manière détachée.

La montée

Non, pas une montée « à la Tool » (coucou burgun), mais simplement la montée de votre intérêt pour elle (et réciproquement). Vous pouvez vous permettre plus de risques dans cette étape. Jamais d'attaque directe bien sûr. Des petites attentions innocentes, doucement. Écoutez donc du Tool et vous comprendrez. Avec l'expérience, c'est cette partie là que vous préfèrerez pour sa subtilité, et ses promesses.

La décohérence

Ou révelation des états. C'est le moment où chacun indique à l'autre le statut exact de ses sentiments, et réagit en conséquence. Suivant la qualité de la montée et sa durée, la décohérence peut avoir des retombées psychologiques assez lourdes, pour les deux personnes, et peu importe le résultat. Il va sans dire que la décohérence doit montrer le même état chez le prédateur et chez la proie:

En cas de décohérence négative, deux solutions s'offrent à vous:

Trucs et astuces

Les grandes lignes de la Drague Quantique vous sont maintenant connus, et vous mourrez d'envie de passer à la pratique. Doucement jeune padawan, le chemin est long qui mène au Tao de la DQ, nombreux sont les prétendants qui ont échoué par excès d'assurance.

Quelques conseils issus de mon expérience personnelle et du simple bon sens avant de se lancer tête baissée.

Les problèmes

Dans sa conception même, la Drague Quantique souffre d'un certain nombre de défauts qui rende son application pour le moins hasardeuse. Outre les dommages psychologiques qui peuvent en résulter, un certain nombre de problèmes annexes peuvent venir se greffer à la DQ. Comme si ça n'était pas déjà suffisamment intrinsèquement buggé à la base...

La dissonance cognitive

Ce problème survient lorsque la proie n'est pas suffisamment proche de vous, et que les seuls contacts que vous pouvez faire pendant un moment sont distants (discussion en ligne, téléphone...).

L'esprit humain ayant une regrettable tendance à l'optimisme, il est probable que les différentes étapes de la drague quantique se passent bien. Trop bien même, et vous risquez d'aller trop vite vers une décohérence précipité envers une proie que vous n'avez jamais vue.

On parle dans ces cas là de décohérence virtuelle, car la décohérence se produit réellement entre vous et la vision virtuelle que vous avez de l'autre personne, de même pour la proie. Voir la figure:

Alice et Bob

La distance vue de Bob entre Alice et Alice' est l'amplitude de la dissonance du point de vue de Bob. Comme l'image virtuelle d'Alice est située plus haut du point de vue de Bob qu'Alice elle-même, la dissonance est négative, en effet la réalité est inférieure à vos attentes. Sur la figure, le signe de la dissonance est négative pour les deux participants.

En fonction de l'amplitude et du signe de la dissonance pour chacun des participants, les conséquences peuvent être diverses :

Pour éviter autant que possible les désagréments, je vous conseille de n'engager le processus de la DQ qu'avec des proies que vous avez rencontrées physiquement au moins une fois auparavant.

Notice

Il est bien évident que je décline toute responsabilité en cas d'application de ce guide dans une situation réelle, fussiez vous le prédateur ou la proie. Ceci inclut les troubles de santé mentale indissociables d'une partie de DQ menée d'une main experte.

Le fait que j'ai écrit ce guide n'implique en rien que j'ai déjà utilisé la DQ de façon réfléchie, ou même par inadvertance. Vous n'êtes pas autorisé à déduire quoi que ce soit sur mes idées de cette page.

Courrier

Allez savoir pourquoi, le présent article est celui qui me vaut le plus de réactions, de commentaires, et de traffic entrant. Alors les mecs, on cherche des femmes? Hum? Google pour "drague" et on espère le miracle? Haha, non j'arrête, c'est cruel. D'autant plus que d'après le courrier des lecteurs que je reçois, la méthode ne marche pas si mal. Ainsi, N.G. nous écrit pour commenter et compléter la drague quantique, fort de son expérience personnelle :

Bonjour,

J'écris juste pour signaler que j'ai expérimenté avec succès il y a quelques semaines un dispositif de drague quantique. Pas d'observation particulière à signaler concernant les phases préliminaires.

Toute l'astuce a résidé dans le montage destiné à mettre en oeuvre la phase de décohérence. Sans rentrer dans les détails, le dispositif permettait de forcer la proie à révéler ses préférences sous un prétexte bidon. Une fois les préférences révélées, si son état était positif, je n'avais plus qu'à laisser le prétexte bidon de côté, et en cas d'état négatif, je me retranchais derrière le prétexte bidon.

Ainsi, j'étais assuré d'une décohérence positive quelles que soient ses préférences.

Si vous aussi vous avez utilisé la DQ avec succès, faîtes en profiter les autres!